Intelligence collective ? (bis)

Réaction vive de mon ami Hervé à mon précédent post : "Très franchement, je ne vois pas d’intelligence dans la collectivité […] mais plutot amas de connaissance. L’intelligence, c’est la capacité a organiser ces savoirs."

Bertrand Duperrin relance l’idée dans ce post-ci.

Vaste sujet.

Notons d’entrée que notre intelligence est déjà intrinsèquement ‘collective’ puisqu’elle résulte des interactions d’une "société d’agents" suivant les mots de Marvin Minsky[fr]  [en]  (’inventeur’ de l’intelligence artificielle et auteur du chef d’oeuvre Society of Mind[en]; qui a été traduit en français il y a longtemps mais ne paraît plus disponible).

Mon intérêt ici est plus spécifique; c’est la question de l’intelligence à laquelle on atteint quand on a un groupe de gens qui coopèrent de façon organisée, méthodique –optimale.

Trois éléments me paraissent centraux :

  • la multiplicité et le croisement des logiques et des points de vue : confronter les points de vues des concepteurs et des constructeurs, ceux des vendeurs et des futurs clients… Toyota est (encore ici) un exemple dans ce domaine (P.ex., le process par lequel passent les ingénieurs, lequel inclut une expérience significative chez un concessionnaire, dans un job de vendeur);
  • l’enrichissement croisé des expertises : appliquer un process d’ingéniérie à une démarche RH… ou une approche marketing à une définition de poste… etc. (cf. les mesures prises par Carlos Ghosn chez Nissan);
  • la mise en contact systématique des groupes, le rapprochement des cultures professionnelles et des pratiques; vous reconnaissez là un de mes dadas :
  • tout groupe fragmenté est inefficace;
  • tout groupe enfermé dans sa logique est "fragmentant";
  • le gâchis vient de la fragmentation.
  • Le remède à la fragmentation c’est de se fréquenter; créer de la relation, de la cohésion; une compréhension humaine qui va permettre le rassemblement et la confrontation des points de vues.
L’intelligence économique me paraît ici un ajout très créatif : c’est certainement un des sujets centraux pour les entreprises (en particulier occidentales); c’est clairement un enjeu concurrentiel majeur (ne serait-ce que dans le domaine de l’IP); c’est aussi un domaine de complexité où le rassemblement de compétences mutiples est indispensable.

Intelligence économique + intelligence collective = intelligence globale ? [fr]

Post très stimulant chez mon ami Hervé, sur un sujet qui me titille : Hervé signale

  • Pour finir l’intervention de François-Xavier Testard-Vaillant a donné lieu à un étrange glissement, de la notion d’intelligence économique (au sens britannique d’intelligence pour renseignement) vers l’intelligence collective. Contre-sens?

 [Je n’étais pas à la conférence; j’aurais peut-être dû? ;-)]

Plutôt qu’un contre-sens, j’y vois un rapprochement qui me plaît beaucoup et qui m’inspire quelques idées : 

  1. L’intelligence économique ne peut-elle être efficace que si elle est collective ? [Vous avez 4 heures ;-)]. (Rassembler des compétences et points de vue multiples pour cerner un phénomène nouveau-inconnu-caché…)
  2. La compréhension de la complexité ne peut être que collective ? (rapprocher les différentes facettes d’un phénomène pour créer une compréhension-intelligence "breakthrough");
  3. L’intelligence économique sera intégrale ou ne sera pas– donc : collective (rassemblement de spécialités opérationnelles et humaines pour être complet, efficace, efficient, ‘sustainable‘, etc.)…

A la fin des fins; le glissement d’un sens vers l’autre est étymologique, mais aussi épistémologique, non?

Qu’en pensez-vous ? 

 

Ce qu’il ne faut pas faire avec PowerPoint… [en]

C’est ici et c’est très drôle –et pas si caricatural que ça. A entendre les rires de la salle, ça rappelle quelque chose à beaucoup de gens…

le mensonge et le rire [en]

[via ‘zéro seconde‘, que je suis toujours avec intérêt] 

Long article extrait d’un livre à paraître –très British, "tongue in cheek" et très sérieux– sur ce qui fait que nous savons décoder ou non le comportement des gens; p.ex. détecter quand quelqu’un ment.

L’expérience est la suivante : on interviewe 2 fois de suite une personne sur son film favori; cette personne dit une première fois une chose, puis la deuxième fois une autre; l’une des deux réponses est un mensonge. On deamande aux auditeurs téléspectateurs ensuite de dire leur avis : quelle est la version où l’interviewé ment.

Résultat surprenant : seulement 52% des gens trouvent la bonne réponse; c’est pratiquement pile ou face.

Plus fort : on  teste aussi en version écrite, et à la radio : 64% trouvent la bonne réponse en version écrite et 73% à la radio! [on vous disait bien que la télé…].

J’ai lu ce truc il y a des années; j’en ai toujours gardé une vraie préférences pour l’audioconférence, contre la visioconférence… 

(L’auteur explique ensuite que nous avons appris à utiliser délibérément les expressions de notre visage pour communiquer…eh oui). 

Le bouquin s’appelle "Quirkology" i.e. quelque chose comme "bizzarologie"…

The design of the experiment was simple. I would interview XX twice and in each interview ask him to describe his favourite film. In one interview he would say nothing but the truth, and in the other he would produce a pack of lies. We would then show both interviews on television, and invite the public to telephone in their verdicts.
We received more than 30,000 calls from viewers: 52% [found the right answer][..].
The simple fact is that the real clues to deceit are in the words that people use, not the body language. So do people become better lie detectors when they listen to a liar, or even just read a transcript of their comments? The interviews with XX were also broadcast on radio and published in a newspaper, and although the lie-detecting abilities of the television viewers were no better than chance, the newspaper readers were correct 64% of the time, and the radio listeners scored an impressive 73% accuracy rate.

Etre en vie…

Mon copain Roland Z. m’a dit un jour "Probablement qu’avoir envie et être en vie, c’est la même chose…"

Commentaires flatteurs… je suis flatté! [fr]

Commentaire très flatteur chez Bertrand Duperrin; j’en rougis devant mon écran.

Je bloguerai plus souvent, c’est promis ;-). 

[Et, par ailleurs, je suis d’accord avec ses autres choix].

Suicides et entreprise ? (retour à Durkheim) [UPDATE]

Depuis quelques mois, la presse cite beaucoup de cas de suicides en relation avec le monde ou même le lieu du travail (Renault, EdF, maintenant PSA).

Les derniers cas suscitent les habituels commentaires :

  • Choc face à la réalité d’un malheur, d’un acte extrême,
  • Interprétations diverses, qui paraissent à reliées aux positions des uns et des autres dans l’entreprise,
  • Évocation de mesures à prendre pour réagir face à ces situations.

 Une catégorie de réactions me frappe dans toutes celles-ci : les pistes –très fréquemment évoquées—de ‘suivi médical’ de ‘prévention psychologique’ etc.

Il y a là un cadrage implicite des causes du phénomène : en gros autour de fragilités personnelles, individuelles, qui suffiraient à expliquer le geste, et qu’il suffirait de traiter pour prévenir d’autres occurrences…

Je suis en désaccord avec cette « pente » d’explication. Elle me paraît myope, dangereuse, inefficace. Les causes ne sont pas essentiellement individuelles, mais plutôt collectives (société et organisation).

 Reprenons :

  1. Il y a clairement dans les entreprises à l’heure actuelle une augmentation des pressions sur les salariés à tous les niveaux (pression sur la productivité, sur les salaires, sur les horaires…et ça n’est pas fini !)
  2. Il y a une forte augmentation de l’individualisation : des tâches, des salaires, des rattachements hiérarchiques (matrices diverses et variées)
  3. [Désolé pour les grosses évidences] : l’individualisation sépare : les individus, les groupes, les idées, les logiques…
  4. Le sens vient quand on rapproche (com-prendre : prendre ensemble) : les gens, les idées, etc.
  5. On a de plus en plus de situations d’anomie : perte de sens, perte du lien, anxiété, désespoir…
  6. Un être humain peut vivre à peu près n’importe quelle expérience du moment qu’il peut lui donner du sens (disait à peu près Dolto)
  7. Moins il y a de sens, moins il y a de lien…plus il y a de solitude, plus on tire sur l’énergie des gens.
  8. À la base, c’est une question d’ontologie (mode d’être) ; pas spécialement de psychologie…

 Ce réflexe de « médicaliser » fonctionne comme un déni : la question n’est pas de médicaliser le monde du travail, mais de socialiser ou de re-socialiser ; re-créer du lien, de la solidarité… de la chaleur et des perspectives.

Quelqu’un qui n’a pas d’avenir n’a pas de vie…

Toutes nos technologies « 2.0 » portent en elles tous les possibles :

  • Continuer à séparer, isoler, fragmenter ; augmenter la solitude et le non-sens ; l’angoisse, ([UPDATE] et je retrouve un de mes posts précédents…)
  • Contribuer à relier, connecter ; donner les moyens de coopérer ; solidariser…nourrir l’énergie des gens, en leur permettant de (se) rapprocher…

Bertrand Duperrin évoquait la question du « salarié 2.0 »…bonne question.

Le « salarié 2.0 » devra –plus que jamais—

  • être un expert en interactions positives, efficaces et satisfaisantes, en face à face et à distance ; et
  • apprendre à utiliser les TIC non pour se protéger (se couper de la relation) mais pour s’ouvrir à des expériences de relations nouvelles.

L’entreprise 2.0 doit instaurer des logiques globales, sensées, compréhensibles, coopératives…on rêve ?

 (à suivre)