Les modèles mentaux “toxiques” [fr] & [en]
Un post virulent chez Bertrand Duperrin : les modèles mentaux de bases qui nous ont été inculqués par l’école (et nos parents) —dit-il— nous ont remplis de certitudes erronées et contreproductives —j’ajouterais : dans le contexte présent.
C’est une idée qui paraît évidente; elle est parfois renforcée par des considération culturelles sur "le français idividualiste" et autres…
Vu de ma position (formateur en entreprises essentiellement high-tech) qu’est-ce que je vois : :
- Oui on a besoin d’apprendre à coopérer —et oui ça s’apprend (si possible tôt dans la vie) —et non, ça n’est pas naturel de coopérer ni de partager. Le petit humain a tendance à s’accaparer ce qu’il peut saisir,
- Bien sûr on "copie" naturellement; c’est même comme ça qu’on se construit et qu’on grandit; on appelle ça "modéliser"; l’enfant reproduit naturellement ce qu’il observe autour de lui, et en premier ses parents (c’est aussi comme ça qu’ils nous ressemblent).
- C’est vrai qu’on professe plus la générosité (la "charité" ?) que l’entraide… les écoles britanniques utilisent —paraît-il— le système de tutorat des plus jeunes par les plus âgés; ça vaudrait la peine d’observer et peut-être de s’en inspirer.
- Et c’est vrai qu’on ne valorise pas le fait de parler de soi —authentiquement, pas pour se vanter ou se plaindre, mais simplement pour partager ce qu’on sait, ce qu’on sent, ce qu’on est…(grosse découverte dans les stages que j’anime, quand les managers de tous les âges observent ce qui se passe quand ils communiquent authentiquement ce qu’ils pensent et ce qu’ils ressentent sur une question qui les concerne).
Je trouve [via Creative Generalist] un contrepoint frappant dans un article récent de Time Magazine, qui montre qu’on se pose les mêmes questions aux Etats Unis—avec quelques pistes déjà actives dans certaines écoles.
Les réflexions tournent autour de quelques notations que je trouve intéressantes —et qui ne vont pas de soi :
- L’école doit former des "global citizens", qui parlent d’autres lanques que l’anglais, et qui sont "acculturés" à d’autres civilisations,
- Un des talents les plus nécessaires est la créativité ("think out of the box" —bon sang que je trouve ce stéréotype anti-créatif ! :-/)
- Développer des compétences humaines ("people skills"), relationnelles et d’interaction : ça me ravit; c’est en plein dans mon créneau marketing :-)
- Développer une pensée autonome ("Portable Skills") : esprit critique (examen des sources d’info) , voir les liens entre les idées, apprendre à apprendre…
- Travailler en groupe de projet (10th grade ~15 ans?) sur des sujets transverses aux matières scolaires,
- Réfléchir au statut de l’information, évaluation des sources (crédibilité) et statut de la vérité…[hey hey!]
- Un exemple [Scott McNealy, bien connu par ailleurs] : sur le modèle de Wikipédia, une mise en commun de matériel scolaire on line dans un site nommé Curriki.
- [Dernière remarque qui n’a rien à voir : impressionnante absence de l’Europe dans les citations de l’article…pour des raisons probablement diverses et variées, mais ça fait songer]
Vu de ma position d’ancien enfant/élève/étudiant etc. j’ai beaucoup de gratitude pour tout ce que j’ai reçu; je n’ai pas l’impression d’avoir été particulièrement abîmé par mon éducation (et je n’ai pas tout aimé…).
Vu de ma position de père de 3 garçons (20ans, 18 ans et 16 ans)…J’ai l’impression que j’ai fait ce que je savais faire de mieux; j’ai sûrement fait à peu près toutes les erreurs possibles et imaginables; je repense toujours à la phrase salvatrice de Bruno Bettelheim (reprise et modifiée de Melanie Klein, je crois) "a good enough parent" !
Bonne fin d’année !



Bonjour YGG !
Bien entendu je n’ai pas grand chose non plus à reprocher à mon environnement (quoique je m’estime heureux que la liberté d’explorer de nouvelles voies acquise at home n’ait rarement trouvé son pendant dans la plus grande partie de mon parcours universitaire)…comme je l’écris dans ce post j’enfonce le clou un peu fort pour faire valoir que nombre des freins rencontrés en situation professionnelle ne sont pas tant innés que dus au caractère trop “absolu” que l’on donne à certains concepts.
Comment par Bertrand DUPERRIN — 26 Dec 06 @ 15:35
Je n’en pensais pas moins ;-)
–je devrais peut-être développer l’idée “dans le contexte présent”; i.e. ce qui est une solution à un problème à un moment donné, devient partie du problème suivant…càd encore : ce que tes parents-z-et-éducateurs t’ont proposé –à ce moment là– était (peut-être) la meilleure solution aux problèmes de ce moment là (20 ans plus tard ‘ça l’fait plus’, comme disent mes gamins).
Pus –j’insiste– les “pensées toxiques” qui sont permanentes et universelles dans l’espèce humaine (”c’est mal de faire une erreur”).
Comment par YGG — 26 Dec 06 @ 16:28
J’avais oublié le “c’est mal de faire une erreur” ;-) Je l’aime bien aussi celle là.
En fait on ne nous apprend pas à décontextualiser des attitudes que l’on considère donc de fait comme des règles absolues alors que ce ne sont que des “guidelines” dont il faut savoir s’écarter. Mais pour cela il faudrait ajouter un chapitre “ose et pense par toi même” qui n’est visiblement pas inclus dans le package de départ.
Comment par Bertrand DUPERRIN — 28 Dec 06 @ 12:17
Allez, je rajoute 2 références fondamentales en éducation et pédagogie, car j’y tiens trop :
1) le bon vieux Piaget et son “tâtonnement expérimental” nommé plus ordinairement “apprentissage par essais-erreurs” ;
2) le mouvement des Pratiques Institutionnelles (Pédagogie mais aussi Psychiatrie) au sein duquel je sévis et produis depuis 25 ans.
Dans cette orientation, “l’erreur” a sa place, grâce à une série d’outils auto-correctifs mis à disposition de l’apprenant, des sources documentaires où on lui apprend à chercher, du travail de groupe pour le mettre en situation de stimulation cognitive et de coopération, et SURTOUT un comportement adéquat du formateur : et ça, c’est le plus difficile !
Exemple de ma pratique de consultante :
J’ai aimé terminer l’année 2006 avec des “formateurs” d’APP (Ateliers Pédagogiques Personnalisés) qui exercent auprès d’adultes en grandes difficultés d’insertion. Je les ai accompagné 4 mois dans une formation - action pour développer leur positionnement personnel, leurs comportements professionnels et leurs outils … en matière -justement- “d’auto formation accompagnée” (c’est comme ça qu’on appelle cette position pédagogique globale dans cet univers). Comme j’ai contribué à créer les premiers Lieux Ressources-APP en 1981-83 quand j’étais encore éducatrice auprès de mineurs délinquants, je peux mesurer l’évolution. Les outils ont évolué pardi, mais pas vraiment la difficulté majeure : celle de la relation de chacun au Savoir.
Les personnes aidées dans ces dispositifs sociaux sont toujours aussi demandeuses et dépendantes ; elles sont même paniquées voire agressives, si on ne les nourrit pas à la becquée, si on ne leur mâche pas tout, si on ne reste pas très près d’eux et uniquement d’eux -physiquement y compris. De plus, de nombreux formateurs APP actuels se vivent comme des enseignants (faisant des cours de “remises à niveau” par exemple) et n’imaginent pas un seul instant, mettre en place du travail de groupe.
La reproduction du schéma scolaire de base sécurise et déculpabilise tout le monde, devant l’échec massif et angoissant de cette population. Au moins, on a “fait quelque chose” pour eux !
Accompagner l’autre (quelqu’il soit) dans son processus d’apprentissage (quelqu’il soit) en visant à le rendre le plus autonome possible dans ce processus, la finalité étant sa ré-insertion professionnelle où précisément, on attend de lui qu’il se débrouille mieux tout seul… et bien, c’est super dur ! On n’a pas fini d’y revenir à l’autonomie d’apprentissage et à la socio-construction du savoir (qu’on l’appelle comme ça, ou entreprise apprenante, ou WiKi, ou je ne sais quoi encore) ! Les termes et le contexte ont changé, mais j’ai toujours connu cette problématique à travers les différents univers professionnels que j’ai traversés.
Bonus : les 16 formateurs d’APP + moi, on s’est régalés à chercher et trouver de nouvelles pistes à tester ; on a même produit une charte des “bonnes pratiques” …et quelques “pensées bénéfiques” pour lutter contre les toxiques ! Si ce n’est pas la baguette magique, au moins, on a fini l’année avec une super énergie !…
Le problème ;-) c’est que “je” les ai rendus tellement autonomes dans leur formation ces formateurs-là, qu’ils vont se retrouver pour évaluer leur boulot, sans moi dis donc ! et qu’ils ont même négocié l’opération auprès de leur direction ! …
Du coup, je ne sais plus… C’est pas mieux quand ils se trompent, ne savent pas, me regardent bouche bée parce que moi je sais, et qu’ils me payent pour leur dire ce qu’ils doivent faire ?? ;-)))
Comment par Chantal B. — 05 Jan 07 @ 20:28