Apprendre à désapprendre (ou quelque chose comme ça)

“Un problème, c’est la différence entre ce qu’on a et ce qu’on veut”. Edward de Bono .[fr] [en]

Récemment, je parlais avec un de mes clients des questions que posent les nouvelles formes d’organisation qu’adoptent les entreprises en réponse aux complexités de l’époque (le –pseudo– matriciel-de-projet-task-force-adaptatif etc.); Il finit par me dire “De toutes façons, maintenant, il ne s’agit plus de savoir comment résoudre un problème, mais de savoir qui sait le résoudre”.

Mon interlocuteur est par ailleurs quelqu’un d’extrêmement compétent [qui sait donc résoudre un grand nombre de problèmes qui se posent à lui] ; mais il constate que la nouvelle exigence d’efficacité pratique consiste à savoir “ne plus faire soi-même” quand il le faut.

Cette conversation renvoie à une série de points reliés entre eux :

  • Ne pas savoir comment résoudre un problème- implique déjà de savoir ce qui est un problème ou pas, avec des critères valides. C’est un problème en soi de savoir ce qu’est un problème, autrement dit, c’est une compétence importante de “savoir qu’on ne sait pas” - ça nécessite de savoir beaucoup !
  • Voir une situation comme un problème (“ je vois ce que c’est”) suppose qu’on en sait assez sur la situation (ce qu’on a) et sur l’objectif (ce qu’on veut) pour décider de réduire soi même la différence (résoudre le problème) = je fais moi-même. 
  • Dans une période continue de grand changement comme en connaissent les entreprises depuis 20 ans (par exemple du fait des TIC), se pose un “méta problème” qui est de savoir juger “ce qui est en face de moi” : est-ce un problème ? C’est à dire : est-ce que je sais ce qu’il faut sur “ce qu’on a”, la situation (informations, données) et sur “ce qu’on veut” (les objectifs, la stratégie), pour pouvoir en déduire quelle est la différence à réduire, la solution à apporter ? 
  • Sinon, comment savoir qui sait répondre à ces questions : qu’est-ce qu’on a, qu’est-ce qu’on veut, comment réduire la différence ?
  • Réussir cette démarche suppose des comportements assez nouveaux dans les cultures professionnelles dominantes (gens formés en prépa), entre autre de savoir dire “je ne comprends pas” — chose encore plus difficile que “je ne sais pas”… C’est pourtant la seule solution pour “s’exposer à l’information” et garantir les chances optimales de découvrir “ce qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas”.
  • Par ailleurs la prolifération des technologies de communication "many to many" (Blogs, wikis, aggrégateurs RSS, etc. je propose le raccourci BWAR) –et leur coût pratiquement nul—crée un monde de possibilités nouvelles qui continuent à secouer les structures d’entreprises (même adaptées, même ‘en pointe’…).

Ce que ces entreprises ont à vivre dans cette période de changement, passe par une série de ruptures (technologiques, organisationnelles, commerciales, etc) par des changements de modèles mentaux, et par de nouvelles façons d’exister et d’agir pour les individus.

 Les ruptures :

  • Nous venons de comportements procéduraux, de structures hiérarchiques à chaînages linéaires, d’un passé industriel pas si lointain, encore très présent dans les modèles mentaux et les réflexes en organisation,
  • Le passage à des comportements adaptatifs, polyprofessionnels, dans des structures “polycellulaires” (management de projet, équipes transversales) à interactions de type « intégratives-coopératives » se fait dans la douleur et la confusion, même chez les gens qui sont censés avoir tout ça dans leur ADN (haute technologie et toute cette sorte de choses).
  • La pression de l’environnement s’accentue : mondialisation, exigences des clients, etc.
  • L’information n’est plus qu’un produit de base bon marché et disponible (A commodity ; cf. développement des outils: BWAR + Tagging…)

Les modèles mentaux (hérités du modèle « taylorien ») explosent, et les intéressés ont à désapprendre les réflexes, interprétations, et gestes signifiants au quotidien, pour recomposer des capacités différentes

  • apprendre à ne pas faire seul, à demander,
  • admettre de ne pas comprendre pour apprendre,
  • apprendre à “déranger les gens”, à poser des questions,
  • apprendre à partager avec tout le monde,
  • avoir des “learning conversations” pour construire les expertises - personnelles et collectives.

“L’expertise est une conversation collective continue (ou elle meurt)”.

De nouvelles façons d’exister et d’agir

C’est l’expérience d’équipe généralisée, qui suppose l’utilisation par principe de démarches de travail collectives, de fonctionnemente en réseau, d’interdépendance active et volontariste :

  • pour apprendre à apprendre ensemble,
  • pour être ensemble (dans le même espace : exposition à l’information)
  • pour travailler ensemble (polyappropriation).

(à suivre)

“Je veux jouer avec vous!”

Plus je lis de choses (blogs et autres) sur WEB 2.0 et le futur des TIC, plus j’ai envie de participer et la certitude que je  peux (nous pouvons) apporter une composante de ces évolutions : le domaine de la coopération humaine et de l’efficacité des travaux collectifs…Maintenant la question est : à qui je peux dire "je veux jouer avec vous!" avec une chance de les intéresser? (à suivre) (toutes les idées sont bienvenues).

Faire ‘voter’ les salariés sur les choix technologiques ???

C’est là [en] et aussi là [en] c’est très intéressant! (j’y reviens dqp)